Parmi les documents d’archives conservés au Centre de référence de l’Amérique française se trouve le premier contrat de mariage au Canada. Comme tout « premier », il faut porter une nuance : il s’agit du premier contrat de mariage fait au Canada qui a survécu jusqu’à nos jours. Il est probable qu’il y en avait avant celui-ci, mais ils n’existent plus.

La première page du contrat.

La première page du contrat. Référence: Musée de la civilsation, collection du Séminaire de Québec, fonds Georges-Barthélemi Faribault, P29/002.

Ce document est intéressant pour plusieurs raisons. D’abord à cause de sa date : le contrat a été rédigé le 27 juillet 1636. La colonisation de la Nouvelle-France avait repris juste deux ans plus tôt, après la prise de Québec par les frères Kirke en 1629. Robert Giffard avait commencé à amener des colons à sa seigneurie de Beauport en 1634. Il a lui-même signé ce contrat, qui a été rédigé dans son manoir seigneurial sous seing privé (pas devant notaire – il n’y en avait pas encore!) par Jean Guyon, un des pionniers de Beauport.

Une autre chose qui rend ce document intéressant est l’âge des parties au contrat. Robert Drouin, premier de ce nom en Nouvelle-France, avait 31 ans. Sa future, Anne Cloutier, en avait 17. Il y avait très peu de femmes en âge de se marier à cette époque, et Drouin voulait en quelque sorte « réserver » la sienne par ce contrat. Le mariage n’était célébré que presque un an après la rédaction du document. D’ailleurs, le contrat spécifie que le couple allait vivre pendant trois ans chez les parents de l’épouse, probablement à cause de son jeune âge.

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Les signatures de "Giffard" (en haut à gauche, avec paraphe), sa femme et leur fille. Notez la marque en forme de croix en haut à droite.

C’était la coutume à l’époque que les parties au contrat et tous les témoins signent le document. Une ordonnance royale exigeait que celui qui rédigeait un contrat demande à tout le monde présent s’ils savaient « signer ». Ceux qui étaient capable apposaient leur signature sur le document, comme Robert Giffard, sa femme Marie Regnouard et leur fille, Marie Giffard.

Mais il y en avait plusieurs, présents à la signature, qui n’étaient pas capable de signer. Qu’est-ce qu’ils faisaient? Ils apposaient leur marque sur le document. Normalement, ceux qui ne signaient pas faisaient leur marque en forme de croix, comme sur l’image ci-contre. Mais ce document nous réserve des surprises plus intéressantes…

Robert Drouin, le futur époux, ne pouvait pas signer. Il était briquetier de métier, donc il a « signé » en forme de brique.

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La marque de Robert Drouin, briquetier.

Zacharie Cloutier, père de la future épouse, et son ami Martin Grouvel étaient charpentiers. Ils ont chacun « marqué » leur présence au contrat en dessinant une hache sur le document.

Les marques de Martin Grouvel et Zacharie Cloutier, charpentiers.

Les marques de Martin Grouvel et Zacharie Cloutier, charpentiers.

Noël Langlois, pilote du Saint-Laurent, a fait un aviron pour sa marque, ainsi que Denis Robert, dont ce document est la seule attestation de sa présence en Nouvelle-France.

Les marques de Noël Langlois et Robert Denis, pilotes.

Les marques de Noël Langlois et Robert Denis, pilotes.

Il y a des chances que notre couple de l’heure se trouve parmi vos ancêtres. Selon la biographie de Robert Drouin dans le Dictionnaire biographique du Canada, Honorius Provost affirme qu’ « on ne peut faire presque aucune généalogie canadienne-française sans rencontrer Robert Drouin parmi les premiers ancêtres ». Si votre arbre généalogique remonte à Robert Drouin, montez au Centre de référence de l’Amérique française et venez voir où votre ancêtre a laissé sa marque.

Pour visiter le Centre de Référence de l’Amérique française et consulter ses archives, prenez rendez-vous au 418-528-0157 ou écrire à archives@mcq.org